marilyn_monroe_selfie Beme, l'application qui veut bouleverser les réseaux sociaux
A l’ère de Snapchat et d’Instagram où le partage de contenus photos et vidéos est spécifiquement encadré, il est parfois devenu difficile de discerner ce qui est réel de ce qui a été édité par une agence instagram sur certaines selfies où l’individu est enseveli derrière les filtres et les hashtags. Du moins, c’est l’opinion de Casey Neistat, Rockstar américaine de Youtube, qui a lancé l’application Beme pour retrouver une once d’authenticité et d’émotion sur les réseaux sociaux. Des notions chères à toute agence social media. Présentation.

Le smartphone : obstacle entre l’individu et la réalité

La philosophie qui se cache derrière l’oeuvre de Neistat implique les deux protagonistes lors du partage d’une photo ou d’une vidéo sur les réseaux sociaux : l’émetteur et le récepteur. Selon le youtuber, les usages des smartphones tels qu’ils ont évolués jusqu’à aujourd’hui biaisent la réalité des deux parties.

La sincérité envolée pour la personne qui reçoit

Ce que Beme dénonce, c’est cette propension à farder la réalité, parfois grossièrement, lorsque l’on partage un moment à sa communauté. L’émetteur va en effet sélectionner son profil le plus avantageux, l’angle le plus idoine, la posture la plus décontractée voire le filtre le plus envoutant pour rendre compte d’un moment qui, au cours du procédé, perd toute son authenticité à mesure que les retouches se multiplient.

Pour Casey Neistat, l’internaute ne partage plus son vrai « soi » mais une version jugée plus « policée calibrée et améliorée » de lui-même.  Cette version embellie chasse ainsi progressivement la réalité du contenu produit, toujours chargé d’artifices supplémentaires.

L’expérience tronquée de la personne qui envoie

Le second versant de la vision de Neistat, moins souvent abordé par ses pairs, concerne l’émetteur du contenu. Lors de la production de celui-ci, le téléphone, l’outil en lui-même, devient un filtre entre l’individu et la réalité. Le moindre couché de soleil se contemple désormais au prisme de son smartphone sur lequel il faut se concentrer pour immortaliser ou partager l’événement.

Au bout du bras tendu, l’appareil brandi s’invite entre la réalité et le regard de la personne, au point de constituer une barrière qui n’est pas la bienvenue. L’objectif de Beme est ainsi de parvenir à détourner les yeux de l’écran pour continuer de profiter de l’instant présent et réel. Le smartphone n’a plus le droit de venir perturber et gâcher un évènement en devenant les nouveaux yeux, forcément moins performants, de l’utilisateur.

Remettre la réalité et l’émotion au centre de l’expérience des réseaux sociaux

Faire passer le smartphone au second plan

La solution trouvée par Casey Neistat est d’utiliser le capteur de proximité comme bouton d’enregistrement ou comme déclencheur pour les photos. En pressant son iphone contre une partie de son corps ou toute autre surface d’un objet solide, sans avoir à cadrer quoi que ce soit ni mettre l’appareil entre son champ de vision et l’évènement auquel on assiste, il devient possible d’enregistrer des contenus et de les envoyer aux autres utilisateurs de l’app.

Le fondateur y trouve un usage empreint de romantisme et de symbolisme en pressant le précieux gadget contre son coeur, épicentre de toutes les émotions, pour enfin partager ce que l’on vit, tout en le vivant pleinement.

Publier du contenu brut et éphémère

Beme reprend le modèle de snapchat en ne permettant qu’un seul visionnage de la vidéo qui s’efface ensuite. Chaque contenu est ainsi unique et ne se vit que dans l’instant, sans laisser de trace ultérieure. De plus, l’émetteur n’a aucun rendu de ce qu’il est en train de filmer, il n’existe aucun preview ni de review, ce qui entrave tout montage ou calcul préalable à l’envoi d’une vidéo et laisse le champ libre à la sincérité et l’authenticité du moment partagé.

Pour partager, mais aussi réagir, tout le superflu a été délaissé : plus de like, de commentaire ni même d’émojis ou de coeurs pour exprimer ses émotions. Le seul moyen de répondre est d’envoyer une selfie enregistrée et envoyée au moment du visionnage du contenu réceptionné. Alors seulement la réponse peut être considérée comme un reflet réaliste de la réaction du destinataire.

Dans le cadre de son combat contre les faux-semblants, le montage et la comédie sur le social media, Neistat semble donc s’être trouvé une arme de choix : les moments forts de chacun peuvent désormais être immortalisés sans regarder son appareil ni retoucher le contenu produit, et les réactions ne peuvent être autres qu’une photo de son visage au moment où l’on en prend connaissance. Un processus plus direct pour un réseau social plus spontané et (enfin) reconnecté à la réalité.

Beme repose sur un concept innovant dont la hype ne devrait pas désenfler avant plusieurs semaines. La communauté, dont l’importance est centrale pour Casey Neistat, ne cesse de croître malgré des conditions d’admission bien particulières : on ne peut la rejoindre qu’à la condition d’avoir été invité par quelqu’un inscrit au service. La liste d’attente s’étale désormais sur trois mois. Le temps de filtrer encore quelques dernières selfies sur Instagram donc…

 

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